Mise à l'eau.
Longtemps imaginé, anticipé sur le papier, le baptème a lieu le 3 avril 2012, dans le cadre d’une
exposition collective au Parc des expositions de la Beaujoire de Nantes. Cette première expérience, de taille modeste, devrait préfigurer des installations plus ambitieuses. Autant ces bassins
sont à l’échelle du modèle, autant la dimension fluviale nécessite un surdimensionnement bien supérieur. Et c’est bien là que réside le propos : inscrire l’installation dans la tradition
industrielle de la ville, à savoir la construction navale, dont des vestiges ont été préservés.
Et puisqu’il s’agit d’être pragmatique, cette première expérience a permis une vérification d’importance : cette éponge-là
flotte !
Sous le sceau du sacrifice.
Peut-être fut-il tasseau,
liteau, planche, voire même chevron, parquet, ferme. Désormais, c’est un bout de bois...
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Jean-Michel Adam, poète-slameur nantais.
La diaspora des spongiblastes1
En sortant de chez un joubiou2,
J’ai rencontré un spongiblaste
D’aspect gluant flou terne et mou,
Velu visqueux fibreux et moite.
Il avançait sur six orteils
Déployés symétriquement
De chaque côté des oreilles
Qu’il avait à ses flasques flancs.
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Au Temple du [bon] Goût.
"Tout est affaire de décor" disait le poète1, voire de décorum, ajouta l’artiste. Et si, comme
Francis Ponge, un autre poète, on "prend le parti des choses"2, il se pourrait que la combinaison ressemble à une exposition d’art plastique, celle de l’artiste, en l’occurence.
Un autre encore, un poète, interrogeait les "objets inanimés"3, les sommant de lui avouer
s’ils avaient une âme. Une âme ? Peut-être pas, dit l’artiste qui ne croyait guère, mais une existence, une obsédante présence, le souvenir d’un événement majeur, une source d’idolâtrie, oui
assurément.
L’artiste, alors, prit une éponge sur sa table de travail, il la présenta à la maisonnée, à la
ville, au monde, sous des formes les plus diverses, en disant : "Voici l’Eponge, objet de peu, je la porte à votre regard, elle sera désormais objet d’un culte plastique, elle sera parée des
attributs dont on revêt les idoles, elle sera dorénavant un objet culte."
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1 Louis Aragon : Est-ce ainsi que les hommes vivent
2 Francis Ponge : Le parti pris des choses
3 Alphonse de Lamartine : Harmonies poétiques et religieuses
Objet Culte.
L'exploration de son modèle invite souvent à le surdimentionner. Il peut
prendre alors le statut de monument, mais, en ce qui concerne l'éponge, à la gloire de quoi, de qui ? Le potentiel évocateur de cet objet de peu est pourtant multiple. C'est à la fois la mémoire et le
pardon.
Quelque soit la force, la vigueur, la rage déployées pour en expulser
les derniers relicats de mousse, de grains de poussiére, de peinture..., l'usage nous démontre qu'elle n'a pas entièrement rendu gorge. Comme honteux, après une utilisation plus ou moins longue,
on l'encourage alors à disparaître, direction incinération.
Et puis, vient le temps du pardon : on passe l'éponge, on laisse place
nette, elle se retire alors chargée de nos petites ou grosses vilénies. Véritable bouc émissaire, destinée à être sacrifiée, elle accepte avec abnégation ce rôle de
rédempteur.